Lundi, je fus pris d’un grand coup de blues. Alors je suis allé faire un tour du côté de mes balades adolescentes.

Je n'aI pas vraiment vécu la guerre C'est l'avantage de vivre en pays neutre, site idéal du repos du guerrier !

Qu'ils étaient beaux ces Américains, sympas, décontractés,  dans leur bel uniforme, qui nous offraient gentiment cigarettes et chewing gum. Nous faisions le ravitaillement pour les copains. lls avaient moins de succès que nous, qui étions, si fraîches et si jolies dans nos petites robes à fleurs dont les jupes en forme tournaient , tournaient, découvrant genoux et cuisses ...

Car nous dansions aussi , sur des musiques nouvelles, qui s'appelaient Jazz, blues et woogie-woogie et nous changeaient des valses de Strauss .... Nous découvrions la "musique de nègres" jouée par des nègres ! (si,si).

Ah ! mon premier Nègre ! C'était celui, qui, à l'école du Dimanche, disait merci avec sa tête quand on mettait une pièce dans sa tirelire !

Rien a voir avec le beau garçon athlétique tout sourire et dents blanches qui m'a tendu un chewing gum , et m'a initiée     ( qu'allez-vous penser là ! )   aux figures acrobatiques du woogie-woogie... Stupéfaite et heureuse, je n'avais qu'une pensée en tête ;" on va voir ma culotte !! " .  Et "Saint-Louis blues" si langoureux !!  On peut vraiment mettre sa tête sur l'épaule d'un homme ? Se tenir serrée contre lui ?  À 15 ans, en ce temps-là, on était bien sage ... Et Maman avait prévenu : jamais seule !

Les musiciens me fascinaient, le pianiste surtout ! ses mains noires à la paume rosée, ses longs doigts qui courraient si vite sur les touches. Il s'appelait Joe ou Jimmy, je ne sais plus, il a griffonné sur une partition improvisée les thèmes chéris : Saint Louis Blues justement, in the mood, Bechet...  Il m'a offert un disque d'avant le microsillon... 

Temps des premiers émois, découverte de sensations nouvelles.... C'est ça l'Amour ??