Petit conte utopique de Noël…

Allez, un petit conte de Noël en plein mois de Mars, juste parce que j’en ai envie, nan mais…

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Vous croyez encore au Père Noël vous ? 

Moi non plus ! Du moins, je n’y croyais plus jusqu’à ce qu’un soir…

C’était un soir de Noël, et il ne faisait pas bien chaud dehors. Je rêvais devant la fenêtre en regardant tomber, dans un faisceau de lumière, de gros flocons de neige qui recouvraient petit à petit le jardin d’un beau manteau blanc. Noël sans neige n’est pas tout à fait un vrai Noël, et cette année ce serait un vrai…

Vous dire quand, exactement, je l’ai aperçu, je ne m’en souviens plus très bien. C’est ce point rouge et lumineux au fond du jardin qui attira d’abord mon attention. Il bougeait imperceptiblement de haut en bas, de gauche à droite. La chose m’intrigua. Il n’y avait pas de route dans ce coin, et vraiment aucune raison que quelqu’un ou quelque chose s’y trouva. Sortant de ma rêverie, je décidai d’aller voir de plus prêt de quoi il en retournait.

Dire que je ne fus pas surpris serait un gros mensonge indigne d’un jour pareil. Là, devant moi, se trouvaient sept rennes, attelés à un traîneau. Le premier avait un nez d’un rouge vif et luminescent. C’était Rudolph, le chef de l’attelage. Plus surprenant, était le vieux monsieur à barbe blanche assis sur le traîneau. Vêtu d’un manteau rouge, il mordait dans un gros sandwich. Lui aussi eut l’air étonné. Il s’arrêta de mâcher et me regarda fixement pour être bien sûr qu’il ne rêvait pas. Puis me lança : « c’est la pause casse-croûte, vous en voulez un peu ? ».

Un peu interloqué, je ne sus rien lui répondre d’autre qu’un affligeant : « Ce n’est pas possible puisque vous n’existez pas ! Qui êtes-vous ? »

— À votre avis, je suis dans votre jardin un soir de Noël, j’ai une barbe blanche, un manteau rouge. Sachant que je suis assis sur un traîneau tiré par sept rennes, dont le premier a le nez qui clignote, je me demande bien qui je pourrais êtres ? D’ailleurs, je devrais vous retourner la question, puisqu’effectivement, à vos yeux, je devrais être invisibles et donc en quelque sorte, effectivement inexistant !

— Heu… Excusez-moi, je ne voulais pas vous vexer, mais avouez que la situation est, comment dire, assez inhabituelle ! Alors que je devrais me préparer à réveillonner tranquille avec la famille, voilà que je suis là, dans le froid, à parler avec une légende vivante, dans le propre sens du terme… Et puis, l’on peut quand même se demander ce que fait un Père Noël en chair et en os dans mon jardin, alors qu’il n’est même pas minuit, heure à laquelle il est censé passer !

— Mouais, le coup de minuit, c’est une invention bien humaine. Je ne sais pas bien si vous vous en rendez compte, mais vu le nombre d’humains sur cette Terre, je ne vois pas très bien comment je ferais pour être à l’heure partout en même temps; d’autant plus que chaque année vous êtes de plus en plus nombreux ! Quant à ce que je fais là, je vous l’ai déjà dit, c’est ma pause syndicale en attendant le ravitaillement. Ben oui, il faut bien que je remplisse mon traîneau de cadeaux de temps en temps, il n’est pas si grand…

— Donc, vous existez bien ?

— Non, vous ne voyez qu’un rêve qui mange un sandwich jambon cornichon parce qu’il n’a rien d’autre à foutre le jour de Noël, et qui chaque année se demande pourquoi il ne prend pas sa retraite ! C’est vrai quoi à la fin, vous, les humains, vous commencez à m’énerver. Avant c’était bien plus simple. D’abord, il y avait bien moins d’enfants à visiter, et puis il ne fallait pas grand-chose pour les contenter. Un petit jouet, un fruit, une confiserie, et hop, le tour était joué. Et puis les gens ne vous remettaient pas sans cesse en doute, il se contentait de peu pour être heureux, ne serait qu’un court instant ! Pfff aujourd’hui tout fout le camp…

— Moi qui croyais que le Père Noël était un monsieur enjoué et heureux, voilà encore un mythe qui tombe. Cela n’a pas l’air de vous plaire de faire le bonheur des enfants ?

— Oh, détrompez-vous, cela m’a beaucoup plu, tout les sourires, les cris de joie, le bonheur comme vous dites. Mais, voyez-vous, je me fais de plus en plus vieux, je me fatigue vite, et des fois, je me demande si je sers encore à quelque chose ! Vous, les hommes, m’avez complètement galvaudé. Regardez dans vos rues, tous ces faux moi, qui pendant des semaines se baladent, ridicules, avec fausses barbes et hottes pleines de cadeaux vides. Haranguant les mioches afin de mieux vider le porte-monnaie de leur parent. Avouez que je suis autrement plus classieux, zut à la fin. On a sa fierté quand même. J’ai toujours fait ce métier bénévolement, et voilà que l’on se sert de moi à des fins purement commerciales ! Et vous voudriez que je sois content ? Et puis quoi encore ? Vous ne voulez pas non plus que je fasse de la publicité dans votre télé !

— Je vous trouve injuste, certes notre société crée quelques petits dérapages, mais bon la reconnaissance des enfants qui croient encore en vous devrait vous faire plaisir, non ?

— La reconnaissance, nous y voilà ! Quelle reconnaissance ? Vous savez vous ce dont ils veulent les enfants aujourd’hui ? Des consoles de jeux, des trucs électroniques qui font plein de bruit, des jouets en forme d’arme de guerre… Je n’ai pas l’air con avec mes jouets en bois, et mes friandises. Avant, quand j’offrais une orange ou du chocolat, alors là oui, il y avait reconnaissance, c’était souvent la seule fois dans l’année, et croyez-moi, ils en profitaient ! Maintenant, il ouvre le placard de la cuisine, et hop… Tenez, les jouets, je fais comment moi ? Je délocalise mes Elfes en Chine ? Vous croyez qu’ils savent ce que c’est qu’un microprocesseur ou un fer à souder. Chez nous, il n’y a que de la neige et des arbres. Et tout ce que savent faire les Elfes, c’est travailler le bois, pour faire des jouets simples qui ont émerveillé des générations et des générations. Les gamins d’aujourd’hui il me les jetterait à la figure, parce qu’ils ne font pas bip bip et ne sont pas télécommandés… Non, vraiment, je vous le dis, tout cela devient du n’importe quoi. Je ne sers plus à grand-chose, je suis complètement dépassé, « has been » comme diraient vos marketeux qui m’utilisent à leur convenance pour des fins purement mercantile ! À la poubelle le Père Noël. Circuler, il n’y a plus rien à voir. Je vais aller rejoindre mes parents dans leur maison de retraite et me la couler douce tranquillement encore quelques siècles ! Imaginez-vous que même mon fils ne veut pas prendre la suite. Il trouve que les rennes c’est vraiment ringard, et que franchement vouloir faire le bonheur des autres sans contrepartie, c’est complètement dépassé… Non, je vous le dis, je commence vraiment à en avoir ras les bonbons !

Ucciani

Dessin aimablement prêté par Jean Michel Ucciani

— Hé bien, si l’on m’avait dit qu’un jour je rencontrerais le Père Noël en pleine dépression… Je crois que votre problème, c’est que vous n’avez pas su évoluer avec notre temps ! Votre fils n’a pas tout à fait tort, peut-être faut-il changer votre manière de faire. Vous avez de l’expérience dans votre métier, et je suis sûr que vous pouvez faire beaucoup mieux, et en moins fatiguant !

— Je serais curieux de voir cela, jeune homme. Et que me proposez-vous ? De monter une multinationale, de faire payer mes services ?

— Non, simplement, l’individu est devenu trop compliqué pour vous et vos moyens. Et bien, c’est simple, amusez-vous, faites dans le collectif utilitaire pour l’humanité

— ???

— Vous avez bien des dons magiques ?

— C’est à peu près tout ce qu’il me reste : de la poudre magique, mais elle ne marche sur terre que le jour de Noël. Pourquoi ?

— Servez-vous-en, par exemple, pour répandre le bien, rigoler un bon coup, et avec beaucoup d’entre nous par la même occasion !

— Et que pourrais-je faire pour le bien de l’humanité ?

— Hum, voyons, réalisez une vieille utopie. Faites disparaître toutes les armes du monde par exemple. Si vous décidiez que cette nuit, tout armement, munition, etc… se transformait subitement en tas d’oranges ? Rien qu’à voir la tête de nos généraux, j’en rigole d’avance ! Sans compter que, dans les pays atteints de famine, vous constitueriez des stocks inestimables de nourriture. Et le temps que les hommes refabriquent de quoi s’entre-tuer, nous serions de nouveau à Noël, et il vous suffirait de recommencer votre petit miracle de Noël. Elle n’est pas belle la vie ?

— Jeune homme, merci et bravo, vous m’avez redonné du goût à l’ouvrage, et votre idée me plaît bien ! Mais pourquoi n’y ai-je pas pensé avant, c’est vexant… Bon, et bien, je me hâte, des oranges cette année, des pommes l’année prochaine… Je sens que je vais bien m’amuser…

- Heu, au revoir et moi je pense à ce que je vais pouvoir raconter aux copains…

- Ils ne vous croiront pas, n’oubliez pas, je n’existe pas…

Il disparut subitement me laissant là, perplexe, derrière la vitre le point rouge n’était plus là…

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Et une version audio pour les amateurs…


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Texte initialement publié le 24/12/2006

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