C’est bien un truc de jeune ! Modernité oblige, vous n’avez plus que ce mot à la bouche. Le sac « à », « de »… à main, à dos, à commission, de sport, de voyage, et j’en passe et des meilleurs. 
En fin de compte, il s’agit toujours du même objet, standardisé, un contenant plus ou moins grand sans plus de fioriture que d’éventuelles poches. Ainsi, un sac de sport devient un sac de voyage par le seul changement de son contenu.

À mon époque, l’on savait se diversifier, en fonction des taches qui nous étaient dévolues. La besace, avec ses deux poches, n’avait rien à voir avec le modeste baluchon. Le pain avait sa Panetière, tandis que le postier avait son Group. L’on faisait ces courses avec son Cabas, tandis que le fantassin portait son Havresac. L’on mettait son pique-nique dans sa musette, mais si l’on était cycliste, on lui préférait la bonne vieille sacoche. Quand je regarde tous ces amis disparus, au nom de la simplicité, je me sens seul au fond de mon armoire.

Dernier survivant oublié, ayant traversé plusieurs générations. Gardé en souvenir de ce bon vieux temps. Regardez-moi, aujourd’hui mon cuir a vieilli, ma fermeture éclair est abîmée et décousue, je suis laissé là, sans soin. Et pourtant, j’avais fière allure à l’époque, sous mon apparence de vulgaire cartable. Je faisais illusion dans la rue, permettant à mon porteur de garder l’air digne de l’honnête travailleur partant vaquer dans un quelconque bureau. Mais dés que l’on m’ouvrait, mon utilité apparaissait au grand jour. Sur les côtés était présent l’espace suffisant pour y mettre dossiers, papiers et autres carnets, mais mon secret était dissimulé par la fermeture éclair en son centre. Ouvrez-moi, et voici qu’apparaît, devant vos yeux ébahis, tout le parfait attirail du gentleman en déplacement. Le tout savamment rangé et ordonné, correctement maintenu afin de ne pas finir en vulgaire bric-à-brac entassé dans mon fondement. Rien ne manque. Le chausse-pied, la brosse à chaussures, pour faire reluire les plus beaux cuirs, et la brosse à vêtement pour faire disparaître les poussières du voyage sur la veste de mon porteur. Peigne, miroir, ciseau et nécessaire de manucure, sans oublier la boite à savon, le rasoir, le blaireau et le savon à barbe pour se refaire une beauté. Pour finir, deux petits flacons pour l’après-rasage et le sent-bon…
Il n’y a pas à dire, l’on savait vivre à cette époque. Et puis j’avais mon petit nom, un peu coquin, même si très surfait. Je m’appelais le Baise-en-ville…

Baise en ville
baise en ville
Baise en ville

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Petit texte initialement publié le 08 février 2008