Mémoire vive...

La dernière fois, je vous parlais d’un livre sur la peur, là je vais vous causer d’un livre qui fait peur !

 

Pas un de ces romans d’angoisses qui se passeraient dans une forêt hantée ne remplit de zombies de toute sorte dans la brume un soir de pleine lune.

 

Non ! Je parle d’une autobiographie d’un homme qui un jour a décidé sciemment de se pourrir la vie - alors qui la gagnait bien pépère, tranquille - juste pour prévenir les gens du scandale mondial de la surveillance numérique généralisée.

 

Édouard Snowden, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous raconte son histoire dans « Mémoire vive » (éd.Seuil). De son enfance, de son éducation patriote, de son premier ordinateur, de la découverte d’internet, de comment petit à petit il est devenu un de ces hackers convoités par les services de renseignement et comment au final il est devenu un des créateurs du plus gros système de collecte de donnée au monde. Personne n’y échappe, et rien que le fait de citer son nom dans ce billet, je sais qu’il va finir dans la mémoire d’une gigantesque base de données, qu’une alerte va être faite sur ce mot-clef, au cas où…

 

Rien que l’on ne sache déjà en apparence, et pourtant, cela fait peur, très peur…

 

 

Voilà un livre qui, bien qu’écrit sans style (ou d’une traduction bâclée, des tournures de phrase sont un peu étranges), est très intéressant tout en faisant froid dans le dos par l’ampleur de ce qui y est dénoncé. C’est tellement énorme, que l’on a parfois du mal à en prendre conscience ; pire, du coup l’on se demande si finalement ce n’est pas que la partie visible de l’iceberg !

4° de couverture :

 

En 2013, un jeune homme de 29 ans surprend le monde entier en quittant la communauté du renseignement et en révélant que le gouvernement des États-Unis poursuit le projet secret de collecter toutes nos conversations téléphoniques, nos textos et nos email. Ils veulent établir un système de surveillance de masse sans précédent, capable de s’infiltrer dans la vie privée de chaque personne sur la planète.

 

Il révèle pour la première fois dans ce livre son histoire, comment il a participé à la mise en place de ce système et la crise de conscience qui l’a conduit à la révéler au public.

 

“Edward J Snowden a décidé à l’âge de 29 ans de sacrifier son avenir personnel pour le bien de son pays, déclare John Sargent, président de Macmillan USA. Il a témoigné ainsi d’un courage immense, et, qu’on le veuille ou non c’est une fabuleuse histoire américaine. Il n’y a aucun doute que le monde est plus sûr et respectueux grâce à ce qu’il a fait. C’est une immense fierté pour Macmillan de publier Permanent record.”

 

Porté par une passion sans faille pour la vérité et une inébranlable sincérité, Mémoires vives est un témoignage exceptionnel, appelé à devenir un classique de notre temps.

 

Citation :

 

L’Amérique est née d’un acte de trahison. La Déclaration d’indépendance était une violation pure et simple des lois anglaises et, en même temps, l’expression la plus profonde de ce que les pères fondateurs appelaient les “lois de la nature”, parmi lesquelles on comptait le droit de défier le pouvoir en place et de se rebeller contre des questions de principe si notre conscience nous le dictait.

 

 

La première chose que j’ai piratée a été l’heure à laquelle on m’envoyait au lit.

 

Mais clamer qu’on n’a pas besoin de vie privée, car on n’a rien à cacher revient à dire que personne ne devrait avoir le droit de cacher quoi que ce soit…

Finalement, prétendre que vous n’accordez aucune importance au concept de vie privée parce que vous n’avez rien à cacher n’est pas très différent que d’affirmer que vous n’avez que faire de la liberté d’expression parce que vous n’avez rien à dire, ou que la liberté de culte vous indiffère puisque vous ne croyez pas en Dieu, ou encore que vous vous moquez éperdument de la liberté de réunion parce que vous êtes agoraphobe, paresseux et anti-sociable. Si cette liberté ne représente peut-être pas grand-chose pour vous aujourd’hui, cela ne veut pas dire qu’elle ne représentera toujours rien demain.

 

 

Aie pitié de ces pauvres gens, me disais-je, ils sont gentils et innocents - ce sont des victimes surveillées par le pouvoir, tenue à l’œil par les mêmes écrans qu’elles idolâtrent.

 

 

Je suis persuadé que l’on ne peut juger de la liberté d’un pays qu’à la façon dont y sont respectés les droits de ses ressortissants lesquels délimite le pouvoir de l’état

 

 

Le père essayait de lire quelque chose, mais le gosse passait son temps à gigoter, à appuyer sur les touches du clavier et à glousser. Le micro interne de l’ordinateur captait son petit rire et j’étais là, à l’écouter avec des écouteurs. Le père a resserré sa prise sur l’enfant qui s’est redressé et, avec ses sombres yeux en demi-lune, il a regardé directement vers la webcam de l’ordinateur — je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir le sentiment que c’était moi qu’il regardait. Je me suis soudain rendu compte que je retenais mon souffle. J’ai fermé la session, je me suis arraché à l’ordi et j’ai quitté le bureau pour gagner les toilettes dans le couloir, la tête baissée, les écouteurs toujours sur mes oreilles avec le câble qui pendouillait.

 

 

Mario se trouve confronté à ce que dans le jargon des jeux vidéo on appelle « un mur invisible ». En effet il ne peut pas revenir en arrière, il est condamné à aller de l’avant. Idem pour Luigi, son frère, et idem pour vous et moi. La vie ne défile que dans un sens, celui de la temporalité, et nous aurons beau aller très loin, ce mur invisible sera toujours derrière nous, il nous coupera du passé et nous poussera vers l’inconnu. Il faut bien qu’un petit garçon qui vit en Caroline du Nord dans les années 1980 comprenne qu’il mourra un jour, alors pourquoi ne pas l’apprendre auprès de deux frères plombiers d’origine italienne, qui adorent les champignons vénéneux?

 

 

Les excès auxquels nous risquions d’assister en matière de surveillance s’accumulaient dans mon esprit et laissaient présager un avenir effrayant. Un monde dans lequel tous seraient surveillés en permanence deviendrait un monde dans lequel les ordinateurs nous obligeraient, automatiquement, à respecter la moindre loi.

 

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