Crime à Orly…

Le grand Hall est maintenant vide et grouille pourtant de fourmis en uniforme ; ou pas. Des barrières, des rubalises cernent la scène du crime, des reflets bleus intermittents venus de l’extérieur égaient un peu la froideur du lieu.

Le commissaire faisait un peu la gueule dans son survêtement d’apparat, tiré qu’il avait été de son canapé dominical. Pas eut le temps de se changer, son statut de baroudeur risquait d’en prendre un coup !

—Désolé de vous avoir dérangé, mais vous comprenez, dans la période actuelle, dans ce genre d’endroit, dans une heure on aura tout les médias sur l’échine, et par voie de conséquence les politiques dans deux heures… Voire même le ministre…

—Terrorisme ?

—Il ne semble pas, où alors juste sentimental. Un gars a été arrêté sur le fait avec une arme, il est là-bas…

Entouré de deux agents, l’homme ne ressemblait pas à grand-chose, grand, droit comme un piquet, les mains menottées dans le dos, se balançant d’avant arrière le regard dans le vide…

Gaston s’approcha de lui :

— Bonjour, je suis le commissaire Trouillard… et si vous me racontiez ?

— Ils sont plus de deux mille

Et je ne vois qu´eux deux

La pluie les a soudés,

Semble-t-il, l´un à l´autre

Ils sont plus de deux mille

Et je ne vois qu´eux deux

Et je les sais qui parlent

Il doit lui dire « Je t´aime ! »

Elle doit lui dire « Je t´aime ! »

Je crois qu´ils sont en train

De ne rien se promettre

Ces deux-là sont trop maigres

Pour être malhonnêtes…

L’homme avait récité cela sans intonation, d’un ton plat, comme pour lui… Puis tournant brusquement la tête vers le commissaire :

—Et pourtant tout cela était pire malhonnêteté, Monsieur le commissaire que pure trahison !

—Je ne comprends pas ?

L’homme regarda de nouveau droit devant lui comme un écolier qui dit sa leçon ; il reprit sa litanie monocorde :

—Ils sont plus de deux mille

Et je ne vois qu´eux deux

Et brusquement, il pleure

Il pleure à gros bouillons

Tout entourés qu´ils sont

D´adipeux en sueur

Et de bouffeurs d´espoir

Qui les montrent du nez

Mais ces deux déchirés

Superbes de chagrin

Abandonnent aux chiens

L´exploit de les juger

Assassin peut-être, mais joli parleur se disait le commissaire Gaston Trouillard, tout en se demandant de combien était le score du Match St Étienne/Monaco qu’il regardait avant de se retrouver dans ce lieu face à deux cadavres et un poète certainement bientôt maudit.

— Et ça ? Dit-il en montrant les deux macchabées

Brusquement l’homme s’emporta perdant tous sens de la rime et de la belle phrase :

— Mais… Mais vous ne comprenez donc rien ? Elle, c’est ma femme et lui, là, le salaud qui fricote avec elle ! Et qui pleure en la quittant ! Et la salope, là, censé être au cinéma avec une copine, et bien, elle, elle le console ! Alors oui, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai sorti mon flingue… Et… Et…

— Et vous avez visé, et vous avez tiré, et hop deux morts… Bravo, vous êtes bon tireur, tué net, sans bavure, dans la foule, un travail de pro…

— Non…

—Quoi non ?

— J’ai visé… Juste visé…

—Pardon ?

—J’ai juste visé… Pas eu le temps de tirer… Deux détonations et ils sont tombés… Ce n’est pas moi… Et puis je me suis retrouvé par terre, roué de coups… Et puis la police… Et puis vous… Regardez mon arme, elle est encore chargée…

Le commissaire se tourna vers un des policiers qui surveillaient l’homme qui lui tendit un sachet en plastique contenant un revolver à barillet. Il ne manquait pas une balle !

Il en était certain, non seulement il ne verrait pas la deuxième mi-temps, mais il raterait aussi le résumé de ce soir ! Pourquoi faut-il que les choses simples en apparence ne le restent pas ?

— Soit admettons, si ce n’est pas vous qui était-ce ?

— Une femme… C’est tout ce que je sais, je l’ai aperçu et puis l’on m’a jeté à terre… Mais était-elle blonde brune ou rousse, je l’ignore, son nom… Pff

Le commissaire respira un grand coup :

— Bon, finalement les choses ne sont pas si compliquées, cet homme doit bien avoir une épouse ou une copine, il suffit de la trouver et…

— Ou alors, c’était l’amante de ma femme…

— Pardon ?

—Pourquoi croyez-vous que je suis là ? Je suis tombé sur un SMS, qui lui disait : «Si tu ne romps pas avec Georges, je te tue ! », et c’était signé Mathilde… Du coup j’ai suivi ma femme… Et je ne m’appelle pas Georges… Moi c’est Gérard, Gérard Bécaud

On sentait le désappointement poindre dans le regard du vieux flic qui voyait là définitivement s’échapper l’espoir d’une fin de Week-end tranquille !

Le procureur venait d’arriver et s’adressa à lui :

— Alors Gaston, que pensez-vous ?

— Je pense que la vie ne fait pas de cadeau

Et nom de Dieu c’est triste Orly, le dimanche, Avec ou sans Bécaud !


J’espère que le grand Jacques m’excusera de mon emprunt de sa magnifique chanson : «Orly »



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ceci est ma modeste participation aux impromptus littéraire de cette semaine

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